
Longtemps tabou, le sujet de la santé mentale au travail s’impose aujourd’hui comme un enjeu de santé publique. Burn-out, anxiété, troubles du sommeil, sentiment d’isolement ou perte de sens… ces réalités touchent désormais tous les secteurs d’activité. Face à ce constat, les entreprises n’ont plus le choix : elles doivent passer d’une logique de réaction à une démarche de prévention structurée, intégrée dans la politique de Qualité de vie et des conditions de travail (QVCT).
Comprendre le sujet pour agir : la santé mentale, un millier de la performance collective
Près d’un salarié sur deux déclare avoir vécu une situation de mal-être professionnel au cours des douze derniers mois. Le coût du désengagement et de l’absentéisme liés au stress professionnel est estimé à plus de 13 000 € par an et par salarié concerné.
Au-delà des chiffres, la santé mentale influence directement la motivation, la créativité et la cohésion d’équipe. Un collaborateur qui se sent écouté, reconnu et soutenu développe une plus grande confiance en soi et envers son organisation.
C’est pourquoi la santé mentale ne relève plus seulement de la sphère individuelle : elle devient une responsabilité collective, portée par la direction, les managers et les représentants du personnel.
De la prévention primaire à la culture du travail sain
Prévenir, c’est avant tout agir en amont. La prévention primaire vise à réduire les causes organisationnelles du mal-être : surcharge de travail, manque d’autonomie, objectifs flous, tensions relationnelles ou encore perte de sens. Cela suppose une analyse approfondie du travail réel, souvent menée dans le cadre du Document unique d’évaluation des risques (Duerp), complété d’un diagnostic des risques psychosociaux (RPS). Ces outils permettent d’identifier les leviers d’amélioration : clarification des rôles, ajustement des charges, accompagnement managérial, développement des compétences…
Mais la prévention ne peut réussir que si elle s’accompagne d’une culture de la QVCT. Celle-ci encourage le dialogue, la confiance et la reconnaissance mutuelle. Les salariés deviennent alors acteurs de leur propre bien-être et contributeurs de la santé collective.
La QVCT : un cadre pour structurer et pérenniser les actions
Entrée en vigueur depuis l’ANI de 2020, la QVCT renouvelle l’approche de la qualité de vie au travail en y intégrant pleinement les conditions de travail.
Elle repose sur six grands axes : les relations sociales et le climat de travail ; le contenu et l’organisation du travail ; la santé et la sécurité au travail ; les compétences et le parcours professionnel ; l’égalité professionnelle ainsi que le sens et la reconnaissance du travail.
Adopter une démarche QVCT, c’est créer un espace de dialogue régulier entre les salariés, les élus du CSE et la direction, afin de construire des actions concrètes et durables. Par exemple : instaurer des temps d’échanges collectifs, former les managers à la prévention du stress, améliorer la communication interne ou repenser les espaces de travail.
Le rôle clé du CSE dans la prévention de la santé mentale
Les élus du comité social et économique sont des acteurs majeurs de cette transformation. Leur rôle ne se limite pas à l’analyse des indicateurs sociaux ou à la gestion des ASC : ils sont les vigies du climat social et les passeurs de sens. En travaillant main dans la main avec le service de santé au travail, les RH et les encadrants, le CSE peut proposer la réalisation d’un diagnostic RPS ; participer à la mise à jour du Duerp ; alerter sur les signaux faibles (absentéisme, turnover, tensions) ; soutenir la communication autour de la QVCT et favoriser la participation des salariés à la démarche.
Vers un bien-être collectif durable
Promouvoir la santé mentale au travail, c’est bien plus qu’éviter la souffrance. C’est investir dans le capital humain de l’entreprise : renforcer la confiance, le sentiment d’appartenance et la capacité d’innovation. La QVCT offre le cadre, la prévention fournit la méthode, et les élus du CSE incarnent le lien entre les réalités du terrain et les ambitions de la direction.
Dans un monde du travail en pleine mutation, c’est de cette alliance que naîtra un modèle d’entreprise plus juste, plus humain… et plus performant.
Article rédigé par Par Matthieu Petit, responsable de périmètre à l’AIST84