
A l’occasion des 90 ans des congés payés, et alors que l’inflation sur les prix de l’énergie menace les vacances d’une partie de la population, le cabinet Asterès – mandaté par Essentiem, un fond de dotation permettant à des projets touristiques et d’intérêt général de voir le jour – publie aujourd’hui une étude économique sur le non-départ en vacances en France. À partir de données publiques françaises et européennes, Asterès dresse un diagnostic précis du phénomène et formule 7 propositions pour lever les freins au départ, en agissant à la fois sur la demande et sur l’offre, sans augmentation significative de la dépense publique.
Le constat : 39 % des Français ne partent pas en vacances (dont un noyau dur de 22 % de non-partants systématiques, année après année)
En 2025, 39 % des Français ne sont pas partis en vacances au sens de l’Organisation Mondiale du Tourisme (OMT), soit 22 millions de Français métropolitains de 15 ans et plus. Plus révélateur encore, 22 % des Français ne partent jamais en vacances sur une période de trois années consécutives, constituant un noyau dur de non-partants structurels. Le taux de non-départ varie fortement selon le revenu (de 12 % pour les ménages gagnant plus de 4 500 €/mois à 69 % pour ceux percevant moins de 1 000 €), l’âge (de 35% pour les 15-24 ans, diminuant jusqu’à 26% pour les 35 à 49 ans puis remontant à 60% pour les plus de 65 ans), la catégorie socioprofessionnelle et le territoire. Au niveau européen, 48 % des Européens ne sont pas partis en vacances en 2024. La France, 7ème sur 30 pays, se situe au-dessus de la moyenne mais demeure une des seules grandes économies d’Europe occidentale à ne pas avoir progressé entre 2015 et 2024.
Les causes : un frein financier dominant, à côté d’autres facteurs (les raisons de santé et le désintérêt chez les seniors ainsi qu’un non-recours croissant aux aides)
Le frein financier est cité par 38 % des non-partants français et 65 % des non-partants estivaux. Toutefois, la structure des freins s’inverse chez les 65 ans et plus, où la santé (43 %) et le désintérêt (36 %) supplantent les motifs financiers (25 %). Le non-recours aux aides constitue un amplificateur structurel : en 2021, 39 % des personnes éligibles n’y recourent pas, de plus en plus par frein psychologique plutôt que par manque d’information.
Au-delà du revenu, l’étude met en lumière des freins structurels indépendants des ressources financières. À revenu médian comparable, les employés partent nettement plus en vacances que les ouvriers, signe de l’existence de leviers organisationnels et d’accès aux dispositifs ou encore de raisons culturelles ou d’habitudes. Le non-départ se reproduit également entre générations : parmi les Français qui ne partent pas, 64 % déclarent n’être jamais partis dans leur jeunesse, contre 28 % chez ceux qui partaient régulièrement. L’analyse fine des données offre tout de même un motif d’espoir : parmi les ménages ayant moins de 1 000 € de revenus mensuels, 31% partent en vacances. Le départ en vacances peut ainsi s’effectuer à moindre budget, et il s’agit en quelques sortes d’un savoir-faire, d’une compétences, notamment liée à des habitudes familiales.
7 propositions pour agir sur la demande et sur l’offre, à budget public constant
Astères formule 7 propositions organisées en deux axes, la demande, concernant les ménages et l’offre, concernant les hébergeurs et transporteurs. Ces propositions sont déployables à budget public constant ou quasi-constant, en mobilisant des dispositifs existants, des acteurs privés et des mécanismes d’incitation plutôt que des dépenses nouvelles.
Concernant la demande, les acteurs du monde du travail peuvent participer encore plus largement à cette cause, et aider à lever les freins financiers et informationnels au départ. Asterès propose ainsi le versement d’une partie des primes annuelles en mai sous forme de « Prime vacances », le développement du mécénat de congés, notamment via des dispositifs comme « Jour pour Jour » porté par Essentiem, qui permet aux salariés volontaires de céder des jours de congés, monétisés par leur entreprise, pour financer le départ en vacances de publics qui en sont éloignés via les grandes associations spécialisées dans l’accompagnement au départ, et la mobilisation de tiers de confiance tels que la CAF, France Travail ou la médecine du travail pour diffuser l’information sur les dispositifs existants. Ces mesures constituent autant de leviers activables sans dépense publique supplémentaire. Pour les 18-25 ans, angle mort entre les dispositifs enfants et les dispositifs salariés, des « Pass vacances Jeunes » combinant hébergement et transport pourraient être distribués par tirage au sort.
Concernant l’offre, qui constitue un enjeu central pour le secteur, Asterès propose de capitaliser sur l’optimisation du remplissage ou de l’utilisation de certains hébergements pour soutenir le tourisme social. La plateforme VACAF pourrait s’ouvrir à l’ensemble des hébergements professionnels (hôtels, campings), qui mettraient leurs logements, lits et emplacement disponibles en période creuse contre un tarif social. Les propriétaires de résidence secondaires prêts à faire prêter leur bien à des ménages qui ne partent pas en vacances pourraient bénéficier de mécanismes de sécurisation et d’incitation. Enfin, les locations de courte durée en zone tendue, dont le nombre de nuitées est plafonnée, pourraient voir augmenter le plafond de location marchande en échange de mise à disposition pour des nuitées sociales. Concernant le transport, les freins pourraient être réduits par le développement d’offres de transport régional à prix réduit durant la période estivale, promouvant un tourisme social de proximité.
L’ensemble de ces propositions relève d’une même philosophie : les moyens d’actions existent pour que plus de ménages puissent partir en vacances chaque année, et ce sans hausse considérable de la dépense publique. L’ensemble des bénéfices du départ en vacances, sur la santé, la culture, la connaissance des territoires, la cohésion sociale, pourraient alors bénéficier à plus de personnes, et en ricochet à l’ensemble de la société.
Pour Nicolas Bouzou, fondateur d’Astères : « Il est légitime et possible de lutter contre le non-départ en vacances. Notre étude montre que le revenu seul n’explique pas tout : des freins structurels, psychologiques et organisationnels pèsent autant que la contrainte budgétaire. Il est donc possible de mobiliser des dispositifs existants et des acteurs privés. »
Pour Maëva Robart, Economiste chez Asterès : « Le non-départ en vacances n’est pas une fatalité, mais il se transmet d’une génération à l’autre et creuse des inégalités qui dépassent la seule question du revenu. Les associations du tourisme social accomplissent déjà un travail remarquable pour accompagner les publics empêchés vers le départ et notre étude montre qu’il est possible d’aller plus loin en mobilisant des ressources existantes. »
Source : Communiqué de presse – Asterès