
Négociée avec les syndicats, la politique handicap du Crédit Agricole a permis, en vingt ans, de tripler la proportion de salariés handicapés dans les entreprises du groupe, pour parvenir au seuil du taux légal de 6 %. Déléguée syndicale centrale CFDT pour l’unité économique et sociale (UES) Crédit Agricole SA et coordinatrice CFDT Groupe, Valérie Delacourt revient sur les dispositifs qui ont bien ou mal fonctionné. Elle pose également les enjeux du dernier accord handicap, signé fin 2025, après la fin des accords agréés par l’administration.
Le 8 décembre dernier, la CFDT a signé avec le groupe Crédit Agricole SA (Casa), un huitième accord sur l’emploi des salariés handicapés. La situation de ces derniers s’est-elle améliorée au fil des accords ?
L’accord de fin 2025, signé par tous les syndicats du périmètre groupe Casa (l’UES, LCI, Amundi…), couvre 41 000 salariés en France. Les différentes entreprises de ce périmètre employaient 5,95% de travailleurs handicapés en 2025, presque le taux légal de 6% auquel les entreprises doivent parvenir. En 2025, le groupe Casa employait 2% de salariés handicapés. En vingt ans, nous avons donc bien progressé. À noter que les 77 000 salariés des caisses régionales du Crédit Agricole sont couverts par un autre accord.
Quelle est l’approche des syndicats, et plus particulièrement de la CFDT, sur ce sujet ?
Tous nos accords handicap sont unanimes. Les négociateurs syndicaux sont très engagés sur ce thème. Au sein de la CFDT, nous avons deux experts qui travaillent sur le handicap.
Et la direction ?
La direction générale et la DRH ont la volonté que l’entreprise soit exemplaire.
Avec le recul, quels sont les leviers qui ont permis à Crédit Agricole SA de progresser pour atteindre presque 6% de travailleurs handicapés ?
L’un des dispositifs ayant le plus encouragé les salariés à demander à être reconnus travailleurs handicapés est l’octroi de vingt jours de télétravail supplémentaires pour ces derniers. Cette mesure ne figure pas dans les accords handicap, mais, à partir de 2022, dans les accords de télétravail, signés au niveau des entreprises qui composent Casa. Elle n’est donc pas déployée partout, néanmoins, là où elle l’a été, cela a très bien fonctionné. Actuellement, un salarié handicapé peut bénéficier de cent quatre jours de télétravail (84 + 20); ce qui couvre la moitié de son temps de travail.
Que prévoit le nouvel accord en faveur du maintien dans l’emploi des travailleurs handicapés ?
Le nouvel accord handicap prévoit plusieurs améliorations par rapport au précédent, notamment des aides aux transports jusqu’à 12 000€ par an et par salarié (contre 10 000€ auparavant) et trois jours de congés (contre deux anciennement) pour réaliser les démarches nécessaires à la reconnaissance du handicap. À cela s’ajoutent le prolongement des aides au logement pour se rapprocher du lieu de travail, des aides individuelles (prothèses auditives, boucle magnétique, etc), un suivi personnalisé pour les salariés inaptes n’ayant pas pu être reclassés, des aménagements du poste de travail… Une enveloppe hors accord est dédiée aux dépenses imprévisibles.
En matière de recrutement, quelles mesures portent leurs fruits ?
Les actions de recrutement sont menées localement par les entreprises du groupe sur leur propre budget. Il peut s’agir de partenariats avec les missions handicap des écoles et des universités cible; du versement d’une partie de la taxe d’apprentissage à certaines écoles oeuvrant en faveur des personnes en situation de handicap; de la participation à des forums; d’engagement avec les acteurs du marché de l’emploi (France Travail, Cap Emploi); de sensibilisation des recruteurs. Je n’ai pas de visibilité sur l’efficacité de ces actions. En revanche, je peux dire que le recours à des cabinets de recrutement spécialisés ne donne satisfaction. Il a donc été décidé que les entreprises du groupe Casa pourraient les solliciter mais sur leur propre budget. De son côté, Crédit Agricole a organisé son propre forum, qui n’a pas non fonctionné. Des travailleurs handicapés sont venus, mais un seul a été embauché.
La politique handicap de Casa fonctionnait bien, quels sont les enjeux de ce huitième accord ?
Il s’agit du premier accord non agréé par l’administration, le législateur ayant supprimé les accords agréés. Pour la CFDT, il s’agissait dès lors de sécuriser les ressources allouées à la politique handicap du groupe; d’en garantir le déploiement par l’Équipe centrale handicap (ECH), une équipe dédiée composée de cinq personnes travaillant au niveau groupe; de garantir voire d’augmenter les engagements de recrutements; de maintenir le recours au secteur protégé.
Que change la fin des accords agréés ?
Auparavant, un accord agréé permettait au groupe de mener et financer sa propre politique handicap, qui était mise en oeuvre par l’ECH. Désormais les choses se passent au sein de chaque entreprise du groupe. Dès lors, il y avait le risque que l’ECH disparaisse. Aux termes de l’accord signé en décembre, l’équipe de l’ECH est maintenue. Elle poursuit son rôle de préparation à l’échelle centrale, même si ce sont les structures qui, localement, envoient leurs éléments à l’Agefiph. L’association gère et redistribue ensuite les contributions des employeurs. Il est aussi convenu que le budget reste affecté à l’ECH dans une logique de mutualisation.
Autre risque : que les entreprises soient tentées de réduire leurs dépenses en faveur du handicap. Elles s’engagent pour la durée de l’accord (trois ans), à financer chaque année le budget handicap groupe. L’enveloppe sera présentée aux organisations syndicales lors des réunions de suivi de l’accord. Le nouvel accord comporte en outre, un engagement de recrutement un peu plus ambitieux que précédemment : 200 personnes en situation de handicap (contre 190 par le passé), dont au moins 70 en CDI (vs 60) et 50 alternants sur trois ans. Or, il n’y avait rien d’évident à ce que les entreprises se mobilisent. Cela dit, l’accord protège ces dernières qui pourront réduire leurs recrutements à due proportion de la baisse constatée des recrutements CDI du groupe, mais sans aller sous le seuil des 150 recrutements.
Enfin, depuis la loi Avenir professionnel de 2018, le recours au secteur du travail protégé n’est plus élément constitutif du taux d’emploi de travailleurs handicapés. Le risque était donc, là aussi, que les entreprises se désengagent. Le texte vise à ce que les volumes d’achats au secteur protégé demeurent à un bon niveau.
Quelles sont les revendications de la CFDT pour les années à venir ?
Nous aimerions que Crédit Agricole propose une assurance sur le crédit immobilier spécifique pour ses salariés handicapés. Nous souhaitons également une prévoyance dédiée. Ce sont des sujets techniques qui supposent de construire des nouvelles offres, avec ce que cela induit d’étapes réglementaires à respecter.
Article rédigé par Emmanuel Franck