Prêt-à-porter en crise : Un nouveau redressement judiciaire se profile pour l’enseigne Naf Naf

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Selon un document du CSE consulté par l’AFP, Naf-Naf va demander un nouveau redressement judiciaire — le troisième depuis 2019 pour cette marque fondée en 1973.

Un air de déjà-vu pour Naf Naf. Moins d’un an après sa reprise par le groupe turc Migiboy, l’enseigne de prêt-à-porter s’apprête à demander un nouveau placement en redressement judiciaire, selon un document du CSE consulté par l’AFP. « Le scénario catastrophe que nous redoutions se répète« , a réagi la CFDT, évoquant un scénario qui fait écho aux difficultés précédentes de la marque.

Lors de la reprise en juin 2024, Migiboy Tekstil s’était engagé à sauver 90 % des emplois et à conserver environ 100 magasins en propre. Le groupe turc avait déboursé plus de 1,5 million d’euros pour racheter Naf Naf.

Pour le CSE, la direction a sciemment trompé les salariés, dénonçant une « dissimulation mensongère »

L’opération avait permis la sauvegarde de 521 postes sur les 586 existants, ainsi que le maintien d’environ 100 magasins en France. Les filiales situées en Espagne, en Italie et en Belgique avaient également été reprises. Un an plus tard, la direction, contactée par l’AFP, reste silencieuse.

C’est au cours d’un CSE extraordinaire, réuni mercredi matin, que les salariés de Naf Naf ont été informés de la décision de la direction de demander l’ouverture d’une procédure de redressement judiciaire auprès du tribunal de commerce de Bobigny (Seine-Saint-Denis).

Dans un avis publié le jour même, le CSE se dit « profondément choqué » par cette annonce, qui intervient moins d’un an après la reprise de l’enseigne. Il accuse la direction d’avoir « dissimulé de manière mensongère la réalité de la situation de l’entreprise » au cours des derniers mois.

De son côté, la CFDT alerte sur les conséquences sociales de cette nouvelle procédure : « Une fois encore, les salariés sont plongés dans une incertitude totale et voient leur emploi menacé », s’inquiète le syndicat, qui rappelle que l’enseigne emploie actuellement environ 700 personnes.

Troisième procédure de redressement judiciaire en cinq ans

Marque emblématique des années 1990, Naf Naf traverse une période difficile, marquée par sa troisième demande de redressement judiciaire en cinq ans. Fondée en 1973 par les frères Gérard et Patrick Pariente, la marque doit son nom au « petit cochon le plus fort et le plus malin des trois ». Elle se fait remarquer en 1983 avec une combinaison en toile de coton déclinée en plusieurs couleurs, vendue à plus de 3 millions d’exemplaires, selon son site officiel. Le succès s’amplifie dans les années 1990 grâce à des campagnes publicitaires audacieuses, dont le fameux slogan « Le Grand Méchant Look » reste gravé dans les mémoires.

En pleine crise sanitaire, en mai 2020, Naf Naf est placée en redressement judiciaire. L’entreprise est alors reprise par le groupe franco-turc SY International, qui emploie plus de 1 000 personnes à travers le monde et avait déjà racheté l’enseigne Sinéquanone en 2019. Confrontée à des difficultés financières accrues pendant la pandémie, notamment liées à des loyers impayés, la marque est de nouveau placée en redressement judiciaire en septembre 2023.

Des difficultés majeures pour l’industrie textile en France

Ce troisième redressement judiciaire en cinq ans pour Naf Naf s’inscrit dans un contexte particulièrement tendu pour l’industrie textile française, qui traverse une crise persistante depuis plusieurs années. De nombreuses enseignes, telles que Camaïeu, Kookaï, Gap France, André, San Marina, Minelli, Pimkie, Comptoir des Cotonniers, Princesse Tam Tam, IKKS, Kaporal ou récemment la marque Jennyfer, ont également souffert de cette situation.

Par ailleurs, la montée en puissance de la fast-fashion, symbolisée par des acteurs comme Shein, remet en question le modèle économique des marques traditionnelles à prix abordables. Proposant des collections renouvelées très fréquemment à des prix extrêmement bas, ce phénomène érode progressivement les parts de marché en France.

Article rédigé par Social CSE

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